Dans les conversations de terrain, Pierre retombe toujourssur le même scénario : quelqu’un s’entraîne trois mois, se donne, et conclutpar un constat sec : “je n’avais pas de résultats, j’ai tout arrêté.”
Le problème, c’est que le poids ne raconte pas l’histoire entière. Ce qui compte, c’est ce qui change “à l’intérieur”: le muscle, legras, l’hydratation… Quand on ne le voit pas, le mental lâche, la motivations’effrite, et la progression devient invisible.
Rencontre avec Pierre Perea, CEO Ebiody
Pourquoi la bio-impédancemétrie n’est pas “juste unebalance”
Dans le grand public, la confusion est quasi automatique :“j’ai déjà une balance chez moi”. Pierre voit passer ce réflexe souvent, et il sait pourquoi : la technologie est connue de nom, mais méconnue dans le fond.
L’image qu’il utilise est simple : un appareil grand public,c’est comme une antenne qui capte mal. Si le signal est faible, la donnée devient instable, elle monte, elle descend… et au lieu de motiver, elle démotive. À ce moment-là, le club perd quelque chose de précieux : sa crédibilité.
“10 secondes” : l’idée d’un bilan qui tient dans la vraie vie d’un club
Dans la vision portée ici, un bilan ne doit pas être uneusine à gaz. Il doit être réaliste : l’adhérent arrive, on l’assoit, le dispositif se positionne et en une dizaine de secondes, les résultats tombent sur une tablette ou un smartphone.
L’intérêt, ce n’est pas de faire “du technique”. L’intérêt,c’est l’usage : objectiver, donner un point de départ, remettre de la clarté dans le suivi, puis partager les résultats au client/adhérent.
Ce qui est mesuré : des repères concrets pour coacher, pas pour faire joli
Dans sa description, le cœur de la bio-impédancemétrie restele même depuis les années 60, mais tout dépend de la façon dont on la met en œuvre. Ici, il parle d’un dispositif pensé pour un usage clinique (avec “250composants” évoqués) et d’algorithmes alimentés par des valeurs brutes, validés via des études mentionnées.
Ce qui sort ensuite n’est pas une “note vague”, mais un ensemble de repères : gras, muscle, protéines, minéraux, hydratation, risque d’ostéoporose, risque de sarcopénie, et aussi des marqueurs santé dont un risque cardiovasculaire cité, pour dépasser la simple logique “poids perdu /poids gagné”.
Le déclic: “Ne claquez pas 25 000 €, les gars”
Le passage au fitness ne vient pas d’un coup de pub. Il vient d’un constat qui revient, encore et encore : des clubs investissent dans des machines volumineuses, coûteuses, parfois très “jolies”… mais pas forcément plus exploitables.
Sa philosophie devient alors un axe clair : démocratiser.Il y avait déjà des appareils dans les clubs, souvent de fabrication asiatique.Et pendant ce temps, des solutions françaises existaient déjà côté nutrition /santé. Pour lui, laisser le fitness avec une offre “inadaptée” n’avait pas de sens.
C’est là qu’apparaît une version pensée pour le club, plus“light” dans le positionnement, sans le “tampon médical”, mais avec la même base. Et surtout, un prix accessible pour la majorité des structures.
Un détail qui change tout : l’interconnexion dans l’écosystème club
Un outil isolé, c’est vite un outil oublié. Dans sonapproche, ce qui compte, c’est la place dans l’écosystème : éviter “50 outils différents”, et connecter la donnée à la fiche adhérent, via des solutions métier.
Et derrière, il y a un usage très concret : quand arrivent les campagnes de recrutement (il cite janvier comme période typique), un bilan devient un moteur d’acquisition, à condition qu’il soit intégré dans la stratégie, et pas posé dans un coin comme un gadget.
Données de santé : le sujet que beaucoup évitent… jusqu’au jour où
À mesure que la composition corporelle devient centrale, une autre question remonte : où vont les données ?
Ici, Pierre insiste : la donnée est au centre des enjeux,parce qu’elle valorise le club (suivi, progression, personnalisation), et parce qu’avec l’IA et les outils qui évoluent, savoir exploiter la donnée “de manière éthique” devient un vrai sujet. Mais justement : encore faut-il la conserver“en sécurité”.
Il pointe un risque : des solutions qui ne seraient pas aux normes CNIL (CNIL citée), et une méconnaissance de la responsabilité liée à des données de santé. Il évoque aussi le contexte de fuites de données, et le caractère potentiellement hypersensible d’une composition corporelle, notamment pour certaines personnes connues.
Sportsanté : pas une étiquette, une adaptation à la population de demain
Quand il parle de sport santé, il ne le réduit pas à “accueillir des personnes malades”. Il ramène le sujet à une dynamique simple : la population vieillit, et les clubs devront s’adapter. Matériel,messages, encadrement, tout l’écosystème.
Il observe aussi un écart : ceux qui veulent y aller et s’y engagent déjà, et ceux qui freinent parce que le mot “santé” peut faire peur.Pour lui, ce n’est pas une option à long terme : “on n’a pas le choix” même si certains resteront spécialisés.
Le pont avec les pros de santé : quand la donnée devientun lien
Il imagine un futur où le fitness s’intègre davantage avec diététiciens et médecins. Dans certains cas, repérer une anomalie importante permettrait de transmettre des données “de manière anonyme” à un autre professionnel, si l’écosystème est en place.
Il relie ça à l’arrivée évoquée de nouveaux traitements de perte de poids. Et il pose une alerte pratique : perdre du poids peut aussi signifier perdre de la masse maigre ; d’où l’importance d’orienter vers du renforcement, du polyarticulaire, pour préserver la masse musculaire et éviter un état sarcopénique.
L’exemple Decathlon : démocratiser sans passer par “le grand public à la maison”
S’il fallait une scène qui résume l’idée de démocratisation,il prend un exemple récent : un partenariat avec Decathlon, démarré il y a trois ans, porté par un travail “très humain” et un processus juridique exigeant.
Résultat décrit : des corners bilan construits dans environ 15 à 20 magasins en France, avec du personnel formé, des questionnaires autour de l’alimentation et des pratiques sportives, et l’intégration des données de composition corporelle. Il insiste sur une approche “ultra safe”, avec des serveurs de données de santé mentionnés, et une connexion via le compte Decathlon.
Et la logique va au-delà du magasin : aller sur des événements (il cite un tournoi Hyrox à Nice), où les athlètes aiment “savoir oùils en sont” au moment des dossards.
Pour que ça marche en club : une condition simple, mais non négociable
Il y a une idée qu’il martèle : ce n’est pas de l’auto-mesure. Il faut quelqu’un pour accompagner, un coach au minimum.
Pas pour compliquer. Pour créer du lien. Pour transformer une mesure en moment de coaching, en pédagogie, en suivi. Et derrière, la réussite dépend aussi d’un point très terrain : communiquer. Que tout lemonde le sache, que ce soit une étape récurrente, presque un rituel sans forcer pour éviter les décrochages et garder une communauté engagée.
Le vrai sujet n’est pas de posséder un appareil impressionnant. Le vrai sujet, c’est de rendre le suivi concret,compréhensible, répétable et de construire une relation où l’adhérent se sentguidé, rassuré, engagé.
Parce qu’au fond, dans une salle, la transformation n’a pas besoin d’être devinée. Elle a besoin d’être vue. Et si possible en 10 secondes,sans se raconter d’histoires… et sans “claquer” un budget juste pour fairejoli.
FAQ
À quoi sert la bio-impédancemétrie en salle de sport ?
À objectiver un point de départ et suivre l’évolution dansle temps (gras, muscle, hydratation…), au lieu de se baser uniquement sur lepoids ou “à l’œil”.
Quelle différence avec une balance impédancemètregrand public ?
L’idée exprimée ici : les appareils grand public manquent deconstance, car le signal est moins qualitatif, ce qui peut rendre les donnéespeu exploitables et démotivantes.
Combien de temps dure un bilan de composition corporelle ?
La mesure est présentée comme très rapide : environ 10secondes, avec lecture des résultats sur smartphone/tablette.
Pourquoi le poids ne suffit pas pour suivre unetransformation ?
Parce que le poids peut ne pas bouger alors que “ce quichange à l’intérieur” évolue : répartition masse grasse / masse musculaire,hydratation, etc.
Est-ce que c’est plutôt un outil sport santé oufitness ?
Les deux : en fitness, l’usage mis en avant estmotivation/fidélisation et marketing du bilan ; en sport santé, le suivi despathologies et l’évolution peuvent être plus poussés.
Qu’en est-il des données et de la CNIL ?
Le point central soulevé : ces données peuvent devenir desdonnées de santé, donc sensibles. Il insiste sur la nécessité de les conserveren sécurité et de choisir des solutions conformes.
À quelle fréquence refaire la mesure en club ?
L’idée proposée : en faire une étape récurrente, souventmensuelle, pour maintenir l’engagement, visualiser la progression et limiterles décrochages.
Un studio peut-il l’implémenter aussi bien qu’un gros club ?
Oui dans son expérience : il évoque autant des clubs trèsgrands (plus de 5 000 adhérents) que de nombreux studios, à condition d’avoirun coach pour accompagner et de bien communiquer.




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