Rencontre avec Yorick SER, CEO Shaker
Lorsque les premiers coachs sportifs ont commencé à utiliser leur application, rien ne laissait penser que quelques mois plus tard, le même logiciel servirait à gérer des écoles de surf, des studios de yoga, des clubs de tennis, des piscines, des associations sportives... et même des promeneurs de chiens.
Au départ, l'objectif était pourtant très simple : remplacer les agendas papier, les tableaux Excel et les carnets où les coachs notaient encore les séances restantes de leurs élèves.
Puis une évidence est apparue. Le problème n'était pas celui des coachs sportifs. Le problème était celui de toutes les activités qui vivent grâce à la réservation.
Ils pensaient vendre un logiciel aux coachs sportifs
Après avoir développé pendant une quinzaine d'années une entreprise technologique aux États-Unis, revendue à un groupe spécialisé dans l'éducation, Yorick Ser revient en France avec une idée beaucoup plus proche du terrain. Installé entre Biarritz et Paris, il lance Shaker avec Florian de Lacombe, son associé et directeur technique.
Le premier terrain d'expérimentation est évident : les coachs sportifs qui les entourent.
Beaucoup utilisent un calendrier Google pour gérer leurs rendez-vous, un carnet papier pour suivre les séances restantes de leurs clients, un autre outil pour encaisser les paiements et plusieurs applications pour communiquer.
L'objectif devient alors de réunir l'ensemble de ces fonctions dans une seule plateforme, pensée d'abord pour le mobile. Réservation, agenda, facturation, communication avec les clients, suivi des carnets de séances : tout est centralisé dans une seule application.
Le déclic est venu des clients eux-mêmes
Très vite, quelque chose d'inattendu se produit. Des écoles de surf commencent à utiliser Shaker. Puis des clubs de tennis. Des studios de yoga. Des salles de sport. Des associations. Des piscines. Chaque nouveau client pense avoir un besoin très spécifique.
Pourtant, en regardant de plus près, les équipes de Shaker constatent que la mécanique est toujours la même. Un client réserve. Une prestation est planifiée. Un paiement est enregistré. Une facture est générée. Une communication est envoyée. Qu'il s'agisse d'un cours de Pilates, d'une séance de natation ou de la location d'un vélo, le fonctionnement reste identique.
Une plateforme qui s'adapte au métier plutôt que l'inverse
L'approche choisie consiste à éviter de développer un logiciel différent pour chaque discipline.
L'idée est au contraire de conserver un socle commun et d'ajouter uniquement les adaptations réellement indispensables.
Pour une école de surf, les horaires de marée deviennent par exemple un élément central du planning. Une intégration spécifique permet alors de récupérer automatiquement les données afin d'organiser les créneaux en fonction des conditions océaniques. Ce type d'adaptation reste volontairement limité. La philosophie consiste à maintenir une plateforme suffisamment universelle pour accompagner des dizaines d'activités différentes sans multiplier les développements spécifiques.
Quand la réservation devient un langage universel
Au fil des déploiements, Shaker ne se définit plus comme un logiciel destiné au sport. La plateforme devient avant tout un outil de réservation. Qu'il s'agisse de réserver un terrain de tennis, un cours collectif, une salle de réunion, un vélo ou une séance individuelle avec un sophrologue, les mécanismes restent identiques. La technologie ne s'organise donc plus autour du métier exercé, mais autour du parcours utilisateur. Cette vision explique pourquoi la plateforme peut aujourd'hui accompagner des univers extrêmement différents tout en conservant une expérience cohérente.
Une croissance construite presque exclusivement grâce au bouche-à-oreille
L'un des aspects les plus surprenants du développement de Shaker est l'absence de stratégie marketing importante. Les premiers studios de yoga parisiens arrivent par recommandation. Puis les salles de sport. Puis les associations. Cette croissance progressive permet à l'équipe d'améliorer continuellement le produit au contact des utilisateurs.
Aujourd'hui, Shaker accompagne une centaine de structures avec une équipe de quatre personnes. Plus de 8 500 utilisateurs ont téléchargé l'application, contre environ 1 000 un an auparavant.
La donnée appartient avant tout aux clients
La plateforme produit naturellement de nombreuses données d'activité. Plutôt que d'agréger ces informations, Shaker fait le choix de les restituer exclusivement à chaque organisation sous forme de tableaux de bord, de graphiques et d'indicateurs de pilotage. L'objectif est d'aider chaque structure à mieux comprendre son activité tout en conservant la propriété de ses données.
Une plateforme pensée pour évoluer avec les organisations
Au-delà des indépendants, Shaker développe également des fonctionnalités destinées aux franchises, aux réseaux multi-sites et aux grandes associations.
Une structure peut ainsi piloter plusieurs établissements, plusieurs disciplines ou plusieurs équipes depuis une seule organisation tout en laissant chaque entité fonctionner de manière autonome.
Cette architecture permet notamment d'accompagner des clubs omnisports regroupant plusieurs disciplines ou des réseaux de salles souhaitant conserver une gestion centralisée.
Au départ, il ne s'agissait que d'aider quelques coachs sportifs à mieux organiser leurs journées. Deux ans plus tard, la question n'est plus de savoir quel sport pratique un client. La vraie question est devenue beaucoup plus simple : a-t-il besoin de réserver une activité, de payer une prestation et de gérer sa relation avec ses pratiquants ?
Si la réponse est oui, alors le métier importe finalement beaucoup moins que le parcours proposé.
C'est probablement ce changement de perspective qui résume le mieux l'évolution de Shaker : ne plus construire un logiciel pour un secteur, mais une plateforme capable d'accompagner tous ceux dont l'activité commence par une réservation.




