Tendances & Marché

Le style fitness, c’est une tenue ou une attitude ?

Nadège Jorand
Directrice marketing
Publié le
September 11, 2026
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Sommaire

Il y a les codes que l’on voit immédiatement.

Le legging. La brassière. Le tee-shirt oversize. Les sneakers. Les matières techniques. Le shaker posé à côté du sac.

Et puis il y a tout ce qu’une tenue ne montre pas.

La confiance avec laquelle on entre dans une salle. Les rituels que l’on répète avant chaque entraînement. La manière de bouger, de transpirer, de prendre sa place. Le rapport à son corps. L’appartenance à une communauté.

Et parfois même le plaisir de s’entraîner avec ce vieux tee-shirt que l’on refuse obstinément de jeter.

Alors, qu’est-ce qui définit réellement le style fitness ?

Une esthétique ?

Un vestiaire ?

Une culture ?

Ou peut-être tout cela à la fois.

Car en quelques années, les vêtements conçus pour bouger ont largement dépassé les murs des salles de sport.

Le fitness n’a pas seulement créé de nouvelles pratiques.

Il a créé ses propres codes vestimentaires.

Et ces codes sont aujourd’hui partout.

Qu’est-ce que le style athleisure ?

Il existe désormais un mot pour décrire une partie de ce phénomène : l’athleisure.

Contraction des termes anglais athletic et leisure, l’athleisure désigne cette frontière de plus en plus poreuse entre vêtement de sport et vêtement du quotidien.

Un legging n’est plus nécessairement réservé au cours de yoga.

Un sweat oversize peut accompagner aussi bien une séance qu’un déjeuner.

Les sneakers ont depuis longtemps quitté les terrains.

Une brassière sportive peut devenir une pièce de mode.

Le jogging lui-même s’est retrouvé jusque dans les défilés et les Fashion Weeks. En 2025, Vogue observait notamment le retour en force du tracksuit dans les silhouettes présentées autour de la Fashion Week parisienne.

En 2026, cette hybridation s’est encore accentuée : magazines de mode et marques parlent désormais ouvertement de l’athleisure comme d’un vestiaire mêlant confort, performance et codes urbains.

La question n’est donc plus vraiment :

« Peut-on porter une tenue de sport en dehors de la salle ? »

Mais plutôt :

« Où commence encore la tenue de sport ? »

Du vêtement technique au marqueur de style

À l’origine, le vêtement fitness répond d’abord à une fonction.

Respirer.

Évacuer la transpiration.

Maintenir.

Protéger.

Accompagner le mouvement.

Résister aux frottements.

Mais progressivement, la technique est devenue esthétique.

Les matières compressives dessinent des silhouettes. Les coupes oversized donnent une attitude. Les sneakers deviennent des objets de collection. Les couleurs, les logos et les accessoires permettent d’identifier des univers.

Et dans certaines disciplines, le vestiaire devient presque immédiatement reconnaissable.

Le running possède ses codes.

Le CrossFit en possède d’autres.

Le yoga, le Pilates, la musculation ou le cycling développent eux aussi leurs références esthétiques.

Un pratiquant peut ainsi parfois donner des indices sur sa façon de s’entraîner avant même d’avoir commencé sa séance.

Le vêtement devient alors autre chose qu'un outil.

Il devient un signe d'appartenance.

Pourquoi nos tenues de sport sont-elles devenues si importantes ?

Parce que le fitness lui-même a changé.

Nous ne parlons plus uniquement d'activité physique.

Pour une partie des pratiquants, le sport fait désormais partie d'un mode de vie plus large associant entraînement, nutrition, récupération, bien-être et sociabilité.

La tenue accompagne naturellement cette évolution.

Préparer son ensemble la veille.

Choisir ses chaussures.

Mettre son casque.

Prendre son sac.

Remplir sa gourde.

Ces petits gestes peuvent devenir autant de marqueurs du passage vers l'entraînement.

La tenue possède même parfois une fonction psychologique : elle marque le moment où l'on quitte le quotidien pour entrer dans sa séance.

On ne s'habille pas seulement pour faire du sport. On s'habille aussi pour se sentir prêt à en faire.

Quand la tenue fitness devient une façon de s'exprimer

Pendant longtemps, l'imaginaire de la performance sportive a valorisé une certaine forme d'uniformité.

Aujourd'hui, le mouvement inverse est visible.

Les vêtements fitness deviennent aussi un moyen d'affirmer sa personnalité.

Minimaliste ou coloré.

Oversize ou ajusté.

Ultra-technique ou volontairement rétro.

Total look ou vieux tee-shirt fétiche.

L'univers sportif absorbe désormais les mêmes logiques d'expression personnelle que la mode.

Vogue observait d'ailleurs en 2026 que le look des sportives est devenu un véritable terrain d'affirmation de soi, citant notamment la manière dont certaines athlètes associent performance et identité esthétique.

Et c'est probablement là que le sujet devient intéressant pour le fitness.

Car la performance et le style ne sont plus nécessairement perçus comme contradictoires.

On peut vouloir courir plus vite et aimer sa tenue.

Soulever lourd et réfléchir à son look.

Transpirer et soigner son image.

L'un ne retire rien à l'autre.

Le style fitness dépasse désormais largement la salle

C'est probablement le changement le plus spectaculaire.

Le vestiaire sportif s'est échappé de son environnement d'origine.

Les leggings se portent en ville.

Les sweats oversize côtoient les manteaux structurés.

Les sneakers accompagnent désormais quasiment toutes les silhouettes.

Les vestes techniques passent de la course au bureau.

Les codes du tennis, du running, du football, du rugby, du yoga ou de la danse apparaissent régulièrement dans les collections mode.

Le phénomène ne consiste donc plus uniquement à rendre les vêtements sportifs « plus beaux ».

C'est la mode elle-même qui emprunte désormais au sport.

Numéro décrit ainsi l'athleisure 2026 comme un style mêlant performance et élégance, inspiré notamment par le yoga, le running ou la danse.

Autrement dit : autrefois, la mode entrait occasionnellement dans la salle.

Aujourd'hui, la salle entre dans la mode.

Et si le vrai luxe était devenu le confort ?

Cette évolution révèle peut-être quelque chose de plus profond.

Nos modes de vie ont changé.

Une journée peut désormais enchaîner trajet, travail, déjeuner, entraînement, rendez-vous et vie sociale sans véritable rupture.

Le vestiaire suit cette mobilité.

Nous cherchons des vêtements capables d'accompagner plusieurs séquences de la journée sans devoir systématiquement nous changer.

C'est précisément l'une des forces de l'athleisure : proposer des vêtements situés quelque part entre fonction, confort et présentation de soi.

L'essor du sportswear ne raconte donc pas uniquement une tendance esthétique.

Il raconte aussi notre rapport contemporain au confort.

Pendant longtemps, être « bien habillé » impliquait parfois d'accepter une certaine contrainte.

Le fitness participe à l'idée inverse :

et si un vêtement pouvait être confortable, fonctionnel et désirable en même temps ?

Une tenue peut aussi créer de la confiance

Il existe pourtant une dimension moins visible du style fitness.

Celle du rapport au corps.

Entrer pour la première fois dans une salle peut être intimidant.

On observe les machines.

On regarde les autres pratiquants.

On se demande parfois si l'on connaît suffisamment les codes.

Et la tenue en fait partie.

Pour certains, porter les « bons » vêtements permet de se sentir davantage à sa place.

Pour d'autres, au contraire, l'appropriation du fitness passe précisément par le moment où ils cessent de s'en préoccuper.

C'est là tout le paradoxe.

Le style peut aider à entrer dans une communauté. Mais se sentir réellement appartenir à cette communauté peut aussi permettre de s'affranchir de ses codes.

Au début, on choisit peut-être soigneusement son ensemble.

Quelques années plus tard, on s'entraîne dans le tee-shirt le plus improbable de son placard.

Et personne n'a rien à redire.

Existe-t-il vraiment une « tenue fitness » ?

Oui.

Et non.

Oui, parce que le marché a développé des codes extrêmement reconnaissables.

Leggings, shorts techniques, brassières, débardeurs, sweats, sneakers, chaussettes hautes, casquettes, sacs et accessoires constituent désormais tout un univers visuel.

Mais non, parce que la pratique sportive reste profondément personnelle.

La meilleure tenue n'est pas nécessairement la plus tendance.

C'est celle dans laquelle on peut bouger.

Se sentir à l'aise.

Se sentir soi-même.

Et surtout oublier progressivement ce que l'on porte pour se concentrer sur ce que l'on fait.

Voilà peut-être pourquoi le style fitness est difficile à réduire à une simple silhouette.

Le fitness est-il devenu une culture lifestyle ?

C'est probablement le véritable sujet derrière l'essor de l'athleisure.

Le fitness est en train de dépasser la seule activité sportive pour devenir un univers culturel.

Ses codes sont visibles dans les vêtements, mais également dans la nutrition, les boissons, les objets connectés, les espaces, la musique, les réseaux sociaux ou encore les voyages.

Le vêtement est simplement l'un de ses signes les plus immédiatement visibles.

Et l'intérêt économique est loin d'être anecdotique.

Selon Grand View Research, le marché français de l'athleisure aurait généré environ 15,4 milliards de dollars en 2025, avec une projection supérieure à 31 milliards en 2033. Le segment premium serait par ailleurs celui dont la croissance attendue est la plus rapide.

Derrière le legging et le hoodie se joue donc également une bataille de marques, de communautés et de positionnements.

Ce que cela change pour les marques de fitness

Pendant longtemps, une marque de vêtements sportifs pouvait construire son discours essentiellement autour de la performance.

Technicité.

Respirabilité.

Résistance.

Maintien.

Aujourd'hui, cela ne suffit plus toujours.

Une marque doit aussi raconter qui porte ses vêtements et quel univers elle représente.

Certains acteurs se construisent autour de la performance pure.

D'autres autour du wellness.

Du running lifestyle.

De la musculation.

Du yoga.

Du premium.

De l'inclusivité.

De la communauté.

Le produit n'est plus uniquement acheté pour ses caractéristiques.

Il peut également être choisi parce qu'il permet au consommateur de dire :

« Voilà l'univers auquel j'appartiens. »

C'est ici que mode et fitness se rejoignent réellement.

Et finalement, le style fitness : tenue ou attitude ?

Probablement les deux.

La tenue est ce que l'on voit.

L'attitude est ce qui reste lorsque l'on enlève la tenue.

Le style fitness peut être un legging parfaitement assorti à une brassière.

Mais il peut aussi être cette personne qui arrive à la salle sans chercher le regard des autres.

Celle qui recommence après trois mois d'arrêt.

Celle qui se réjouit d'ajouter deux kilos sur sa barre.

Celle qui court son premier 5 km.

Celle qui ose prendre sa place dans une zone de musculation où elle n'était jamais entrée.

Ou celle qui enfile simplement son vieux tee-shirt préféré parce qu'elle sait qu'elle va transpirer dedans.

Le fitness a peut-être créé une esthétique.

Mais le style ne se résume jamais complètement à ce que l'on porte.

Et c'est précisément pour cela qu'il continue d'évoluer.

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